Le documentaire...
Le type de documentaire que je cherche à faire puise son champ d'investigation dans le réel, mais il raconte avant tout, une ou des histoires. Il les raconte au présent, avec leur déroulement dans le temps, leurs rebondissements, leur montée dramatique, leur inscription dans une histoire collective plus large. Il met en scène des personnages principaux, secondaires, auxquels le spectateur s'attache et peut s'identifier. Il découvre des vies singulières avec leur lot de difficultés et de richesses, de souffrance et de bonheur. Il filme les gens en train d'agir ou de réfléchir sur eux-mêmes ; il se donne le temps qu'il faut sur place pour capter les évènements, constater leur évolution.
Face à une réalité qui m'intéresse, je cherche toujours à dépasser les images toutes faites car je sais bien qu'elles sont inexactes. Je sais, parce que la vie me l'apprend tous les jours, que si j'arrive à passer ''de l'autre côté du décor'', dans une très grande proximité avec les personnes que j'ai choisies, je vais obtenir une autre image, plus riche; une autre parole, plus inattendue mais plus réelle, plus vraie, plus universelle et donc plus transmissible.
Le film documentaire a pour mission d'explorer cette part du quotidien et de la vie qui a trop rarement sa place à la télévision.
Son but ultime, comme de toute œuvre d'art, c'est d'essayer de donner une forme au monde. C'est donc une recherche du sens.

… et le documentariste.
Le documentariste n'est pas dans le rôle de celui qui sait et qui condescend à faire partager son savoir avec le public. Il est celui qui cherche à apprendre, celui qui a la chance de faire une rencontre ou un voyage et qui invite le spectateur à découvrir avec lui un personnage, un groupe, une œuvre, un évènement qui pour lui sont porteurs de sens. Du coup, cette position permet au spectateur d'être de plein pied avec lui dans cette découverte.